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Atelier de recherche EuroMeSCo "Compétition et complémentarité : les politiques nationales et de l'UE vis-à-vis des pays sud-méditerranéens PDF Imprimer E-mail
 Cet atelier de recherche d'EuroMeSCo intitulé "Compétition et complémentarité : les politiques nationales et de l'UE vis-à-vis des pays sud méditerranéens" a été organisé en collaboration avec l'IPA - Institute for Public Affairs et a eu lieu à Varsovie les 31 mars et 1er avril 2008.

Divisées en quatre séances, les discussions ont analysé les politiques étrangères de certains États membres de l'UE ainsi que leur degré de complémentarité avec les initiatives euro-méditerranéennes actuelles ou émergentes.

Pour consulter le programme, cliquer ici.

Lena Kolarska-Bobińska (IPA) et Tobias Schumacher (secrétariat EuroMeSCo) ont présenté aux participants les thèmes de l’atelier. Un des éléments clés des relations euro-méditerranéennes a été identifié, à savoir, leur fort degré d’intergouvernementalité qui permet aux acteurs gouvernementaux d’exercer une solide influence dans la définition, l’élaboration et l’application des politiques. D’un côté, selon Schumacher, ce fort degré d’intergouvernementalité est essentiel, particulièrement en l’absence de structures euromed supranationales, et a contribué au développement du Processus de Barcelone, d’un autre, la mise en avant d’intérêts nationaux a bien souvent ralenti les progrès. Il s’avère par ailleurs que cet état de fait porte préjudice à l’application intégrale et adéquate des objectifs tels qu’ils sont stipulés dans la Déclaration de Barcelone ou les Accords d’Associations. Selon Schumacher, les exemples de mise en avant des intérêts nationaux par les États sont nombreux, et tout indique qu’il existe une étroite relation entre l’application concurrentielle des agendas nationaux, « l’agenda de Barcelone » et les politiques de l’UE vis-à-vis des pays sud-méditerranéens en général. À son avis, l’exemple le plus récent et le plus probant à ce sujet réside en la proposition du président français Nicolas Sarkozy de créer une Union méditerranéenne. Cette initiative tombe effectivement à point nommé entre les mains de ceux qui affirment que l’UE n’est toujours pas en mesure de parler d’une seule voix et est susceptible, selon Schumacher, de léser davantage et de compromettre les fondations de la coopération euro-méditerranéenne sous leur forme actuelle, qui restent (malgré de nombreux problèmes et embûches durant les treize dernières années) une mesure de construction régionale tendant à la création d’un espace euro-méditerranéen commun et démocratique.

La première séance de travail, intitulée « Anciens et nouveaux membres de l’UE – Pologne, Italie et Espagne : les politiques nationales entre le PEM et le projet d’Union pour la Méditerranée » a été introduite par Beata Wojna (PISM, Varsovie), qui a donné une présentation générale de la position et des perceptions de la Pologne envers le Partenariat euro-méditerranéen, les pays sud-méditerranéens et l’actuelle initiative française. Rappelant aux participants que les intérêts polonais envers la Méditerranée devaient être analysés selon la perspective de coopération en matière de développement, Beata Wojna a souligné que la Pologne avait manqué l’opportunité au début des années 90 d’ajuster sa politique étrangère et de l’orienter davantage vers la Méditerranée, en raison de la décision populaire de privilégier le partenariat transatlantique. Cela explique, de son point de vue, la quasi inexistence d’une politique méditerranéenne en Pologne, bien que cette dernière soit un fidèle membre du PEM. Cela devrait être un signe, pour la Commission européenne et les autres gouvernements des États membres de l’UE, de la nécessité d’équilibrer les politiques entre l’Est et le Sud. En ce qui concerne l’Union pour la Méditerranée (UM), Beata Wojna a souligné que les cercles de politique étrangère polonais considéraient l’initiative française comme un jeu politique intérieur. Les membres concernés du gouvernement polonais ont clairement déclaré dès le début qu’ils n’accorderaient aucun fonds supplémentaire à cette initiative.

En contraste avec la position polonaise de légère indifférence, la politique méditerranéenne de l’Espagne, d’après Eduard Soler (Fondation CIDOB, Barcelone), est non seulement caractérisée par un fort degré d’européanisation, mais également par sa concentration sur l’Afrique du Nord, en particulier sur le Maroc. Alors que l’Espagne a été, durant de nombreuses années, la force motrice d’un engagement collectif européen envers les pays sud-méditerranéens, notamment en accueillant les sommets de Barcelone en 1995 et 2005, cet engagement proactif a, selon Soler, graduellement cédé la place, depuis fin 2005, à une approche réactive qui semble donner la priorité à la Politique européenne de voisinage (PEV) et à l’UM, tandis que ces deux initiatives ont été perçues comme préjudiciables au PEM. En ce qui concerne l’UM, il est intéressant de noter que bien que l’Espagne se soit inquiétée des potentielles répercussions du projet pour le PEM, au vu des élections parlementaires à venir, le gouvernement Zapatero a fortement mis l’accent sur les bonnes relations avec la France en espérant que l’Allemagne, soucieuse des initiatives unilatérales potentielles et des aspirations hégémoniques françaises, défendrait le PEM. Toujours selon le responsable du programme méditerranéen du CIDOB, cela a été compris par les autres membres de l’UE, et, bien que les efforts de dernière minute accomplis par l’Espagne afin de contenir l’UM et de la diriger vers une alternative Union pour la Méditerranée (UpM) aient certainement été appréciés par beaucoup, ils sont restés insuffisants pour mettre en avant et rétablir le rôle prépondérant de l’Espagne dans les affaires euro-méditerranéennes. Cela a débouché sans surprise sur une dispute entre les gouvernements espagnol et allemand quant à l’emplacement du secrétariat de l’UpM.

Stefania Panebianco (Université de Catane) a poursuivi la discussion en comparant les deux cas mentionnés à celui de la politique étrangère de l’Italie envers la Méditerranée. Elle a souligné qu’en dépit du fait que l’Italie défende le PEM avec ferveur, elle n’avait pas sa propre politique régionale méditerranéenne. Ce sont au contraire les approches bilatérales qui prévalent souvent, comme cela a été le cas dans les années 90 lorsque l’Italie a amorcé un rapprochement avec la Libye et l’Iran, puis lors de sa prompte réaction durant la guerre du Liban en 2006. Les intérêts économiques des acteurs régionaux tendent fortement vers de plus étroites relations avec les pays de l’Europe de l’Est alors que la Méditerranée est plutôt perçue comme le foyer de crises. Panebianco soutient qu’en conséquence, l’Italie a fait preuve d’une attitude plutôt réactive. Les récentes implications du gouvernement dans l’Appel de Rome doivent donc être interprétées en conséquence et comprises comme l’effort du gouvernement pour faire entendre sa voix dans les cercles de l’UE et surtout, pour s’assurer que le PEM continue d’agir en tant qu’instrument de stabilisation au sein de la région sud-méditerranéenne. Au cours des discussions qui ont suivi, il a été admis d’un commun accord qu’il serait erroné de blâmer le PEM pour ses potentiels échecs et incohérences, ce dernier étant aussi bien conditionné par les membres de l’UE que ses partenaires du Sud. Le récent compromis de Bruxelles sera dès lors utilisé comme une opportunité pour activer le principe de coopération renforcée qui avait déjà été envisagé lors du sommet de Valence en 2002.
 
Lors de la deuxième séance, intitulée « Du Processus de Barcelone vers une Union méditerranéenne inspirée par la France ? Les perspectives du Maroc, de la Tunisie et de la Turquie sur les initiatives actuelles en Europe », Abdessamad Belhaj (HIIA, Budapest) a effectué une présentation générale des relations du Maroc avec l’Europe. Il a défendu que le Maroc s’efforçait depuis longtemps d’équilibrer ses relations avec Bruxelles, Paris et Washington, et ce à cause de l’engagement américain grandissant au Maghreb dans le domaine de la sécurité et du commerce. L’initiative française a suscité des opinions mitigées à Rabat, non seulement parce qu’elle semble ignorer ce qui est souvent décrit comme de la « haute politique », mais également parce que le Maroc risque de perdre son statut privilégié, étant donné que la France souhaite créer un axe franco-algérien autour duquel une future UM serait construite. Ahmed Driss (Université de Tunis), lors de sa présentation, a rappelé aux participants que l’UM n’était pas à proprement parler un nouveau projet et qu’il ressemblait à celui déjà proposé en 1995 par un sénateur français. De plus, selon Driss, contrairement aux plans du milieu des années 90, l’actuelle proposition donne l’opportunité aux partenaires sud-méditerranéens, applaudie et, de l’avis d’un grand nombre, méritée depuis longtemps, d’exprimer ouvertement leurs critiques envers l’état des relations euro-méditerranéennes et de souligner une fois de plus le besoin d’une gestion commune. Cet avis a été partagé par Harun Arikan (Université d’Adana) et Kivanc Ulusoy (Université d’Istanbul), qui se sont demandé si l’UM/UpM allait générer une véritable appropriation conjointe du PEM. Ils ont tous deux fait remarquer que ni l’ancienne proposition du président français ni l’actuelle UpM en construction ne semblaient fournir aux partenaires du Sud de réels bénéfices. En fait, l’UM, telle qu’imaginée initialement par M. Sarkozy, peut être interprétée de différentes manières – comme un moyen d’équilibrer les jeux de pouvoir franco-allemands et/ou comme un moyen de faire entrer les États-Unis et Israël sur la scène politique. Ce dernier point a été particulièrement discuté par les participants qui jugent que l’UM peut être considérée comme une manœuvre tactique de la part du président français pour masquer les tendances grandissantes de la politique française au Moyen-Orient à s’approcher plus amicalement d’Israël. Selon un des participants, elle a plutôt trait au fait que la France soit actuellement en train de réviser les fondations et la structure de ses relations extérieures, rendant les paramètres de prévisibilité de plus en plus incertains. Au vu de cette évolution, la question est de savoir si cet état de fait, ajouté aux efforts actuels pour définir une UpM, auront un impact négatif sur la PEV et signifieront un retour à la conditionnalité négative.

Les deux dernières séances de l’atelier se sont un peu écartées du sujet UM/UpM et ont élargi le point de mire du débat en analysant le rôle que les nouveaux membres de l’UE, tels que les États Baltes et la Pologne, jouent dans la région sud-méditerranéenne et dans quelle mesure leur engagement complète les efforts actuels de l’UE. Lena Kolarska-Bobińska (IPA, Varsovie) et Madalena Meyer Resende (IPRI, Lisbonne) ont présenté la politique de la Pologne envers le conflit israélo-palestinien et soutiennent que la Pologne a européanisé sa politique depuis le début des années 90 et semble désormais aspirer davantage à ce qu’un consensus soit réuni au sein de l’UE qu’à conduire une politique unilatérale. Les deux intervenantes ont souligné les relations très proches entre la Pologne et Israël, sans toutefois que cela ne porte préjudice aux relations avec l’Autorité palestinienne ni ne véhicule une mauvaise image du pays dans la région. Au vu du grand nombre d’acteurs déjà impliqués dans le processus de paix (d’Annapolis), il a été unanimement reconnu que (de chercher) une plus grande implication pourrait se révéler préjudiciable et il a été au contraire recommandé que la Pologne travaille en étroite coopération avec les États membres de l’UE plus expérimentés en matière d’aide au développement afin d’arriver à une meilleure coordination. Cette discussion a été suivie par la présentation de Tiago Marques (EVI, Tallin) qui a défendu qu’en adoptant un double concept de dynamiques de sécurité, alliant la gouvernance sécuritaire – axée sur la réforme du secteur de la sécurité (RSS) – à une doctrine sur la sécurité humaine, les États Baltes se verront eux-mêmes mieux préparés pour relever divers défis ayant trait aux dispositions sécuritaires du monde actuel post-moderne. Marques préconise surtout une coopération accrue dans ce domaine spécifique entre les États Baltes et la Jordanie, défendant qu’ils partagent curieusement des visions similaires des menaces sécuritaires pour des raisons historiques et politiques. Ainsi, selon ce point de vue, ces deux parties devraient bénéficier de leurs « histoires » communes pour démêler les discours sécuritaires des potentielles pratiques sécuritaires. Il a ensuite ajouté que tandis que le rôle des acteurs externes, tels que les États Baltes, de faciliter l’application d’un programme sur la gouvernance sécuritaire était louable et souhaitable, l’appropriation au niveau local demeurait vitale pour une approche politique durable d’une réforme du secteur de la sécurité. Tout processus de consultation externe dans ce domaine spécifique implique un fort degré d’engagement local, ce qui a vraiment été le cas avec les États Baltes. Il a conclu en déclarant que la sécurisation grandissante de ce que l’on appelle les « nouveaux » problèmes de sécurité – États en déliquescence, crime organisé, flux d’énergie – peuvent représenter une fenêtre d’opportunité pour le développement d’un programme de partenariat multi-bilatéral entre les États Baltes et les États méditerranéens orientaux tels que la Jordanie.

L’atelier a été clos par Tobias Schumacher qui a affirmé que le débat des treize derniers mois sur l’UM avait à nouveau prouvé, malgré treize ans de politique étrangère et sécuritaire commune, qu’un consensus interne au sein de l’UE sur ce qui devait être fait dans la région méditerranéenne restait bien fragile. Cette fragilité s’est accrue ces derniers temps et, malgré les récents compromis de Bruxelles, s’accroîtra probablement étant donné les tendances, chez certains acteurs clés, à renationaliser leur politique étrangère, ou du moins, à mettre clairement en avant leurs intérêts nationaux sans se reposer sur la consultation et la coordination. Selon Schumacher, l’atelier de recherche a laissé entrevoir que les nouveaux États membres de l’UE, tels que la Pologne et les États Baltes, dont le statut en matière de politique étrangère s’est rehaussé au cours des vingt dernières années, allaient probablement jouer un rôle important dans la récupération d’un degré de cohésion au sein de l’UE, notamment parce que ces efforts les serviraient en augmentant leur possibilité de s’exprimer. Ce changement requiert cependant que ces récents États membres abandonnent leurs anciennes attitudes d’indifférence bienveillante et commencent à travailler dans le sens d’un nouvel esprit commun et de responsabilité conjointe. Idéalement, de tels accords devraient éviter le foisonnement injustifié et inefficace de politiques vis-à-vis de la Méditerranée et promouvoir l’adoption d’une approche politique partagée par tous. Il a finalement conclu que même si de tels efforts résultaient, toute approche politique unique et cohérente de l’UE envers ses voisins du Sud ne peut qu’être limitée dans son champ d’application en raison de l’étroite marge de manœuvre accordée généralement aux acteurs extérieurs par les régimes autoritaires dès que des questions sensibles telles que la démocratie, les droits humains et la bonne gouvernance sont abordées.

Photos de l'atelier de recherche :


 
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