| Réflexions sur l'Union méditerranéenne |
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Par Ahmed Driss21 février 2008 1) L'Union méditerranéenne telle que proposée constitue-t-elle un cadre solide pour structurer les futures relations euro-méditerranéennes ? Bien qu’on soit tenté de répondre par non, il est à la fois difficile et prématuré de se prononcer sur la solidité d’un tel projet relativement à la restructuration des futures relations euro-méditerranéenne, d’abord parce qu’au départ il était question que seuls les méditerranéens seraient concernés par cette union, et aussi par ce que la formulation de la proposition ne cesse de changer et d’évoluer. En effet l’Union Méditerranéenne proposée par le candidat Sarkozy dans son discours de Toulon de février 2007, n’a plus grand chose à voir avec l’Union pour la Méditerranée retenue après le sommet tripartite franco-italo-espagnol de décembre 2007, suite auquel le projet d’Union proposant un cadre formel avancé est passé à une union de projet favorisant une coopération renforcée sur des dossiers bien déterminés, ce qui en soit est une révision à la baisse des ambitions initiales, mais permettant de passer outre les obstacles majeurs qui freinent le partenariat. Toutefois, ceci ne permettrait pas pour autant de faire avancer l’ensemble des relations euro-méditerranéennes, d’une part des acteurs importants seront, par leur nature non méditerranéenne ou par leur choix (la Turquie qui rejette l’idée dans son ensemble), absents dans le nouveau projet ; et d’autre part, des sujets brûlants tels que les conflits territoriaux ou la question du partage des valeurs démocratiques ne seront pas non plus approchés. Tout au plus, le projet profiterait éventuellement au bassin occidental de la Méditerranée, pour lequel, là encore, existe déjà le cadre du 5+5. 2) Quels buts / besoins l'Union méditerranéenne peut-elle atteindre / combler et qui ne sont pas encore couverts par le Partenariat euro-méditerranéen (PEM) ? Il est certain que les trois piliers du Partenariat euro-méditerranéen couvrent d’une manière globale les différents besoins de la coopération euro-méditerranéenne ; le processus souffrait en outre du manque d’appropriation de la part des pays du Sud, qui trouvaient que l’UE ne les considérait pas comme un partenaire à part égale, qu’ils ne sont pas entièrement impliqués dans le processus décisionnel et que la question du développement n’est qu’accessoirement liée à la coopération proposée. Partant de ce constat, l’UM semble répondre en quelques sortes à ces préoccupations ; les différents documents traitant de ce projet insistent en effet sur le principe d’égalité entre les futurs membres et l’implication de tous dans la mise en place de politiques communes. Mais ces préoccupations restent tout de même des préoccupations d’ordre procédural, sur le fond il n’est pas vérifiable que dans le cadre de l’UM les choses seront meilleures. 3) Quel futur envisagez-vous quant à la proposition d'Union méditerranéenne et le PEM ? Dans cette phase de tâtonnement, il est incertain d’aborder la question du futur. Toutefois, la proposition de cette union a le mérite de remettre au débat le caractère central de la Méditerranée dans la géopolitique régionale et l’importance des relations euro-méditerranéennes, pas uniquement pour les riverains mais pour tous les pays engagés dans le processus. Dans les différentes réactions des pays européens non méditerranéens on retrouve un regain d’intérêt pour la Méditerranée, définie comme une question commune à tous et pas seulement aux méditerranéens. D’autre part, la nouvelle proposition a permis d’ouvrir grandement les yeux sur les problèmes auxquels est confronté le PEM ainsi que sur les inquiétudes des uns et des autres relativement à ce processus. Il est vrai qu’à ce stade, le lien entre le projet d’union et le PEM n’est qu’accessoire, mais l’engagement de pays traditionnellement défendeurs du processus de Barcelone, qui sont l’Espagne et l’Italie en faveur d’une Union pour la Méditerranée, permettra certainement de remettre en selle le PEM sous une forme revue et corrigée. On aboutira peut-être sur une Union Euro Méditerranéenne, une Communauté Euro Méditerranéenne comme nous l’avons défendu dans le cadre d’EuroMeSCo. Ahmed Driss est universitaire et Chercheur en relations internationales, Il est directeur du Centre des Études Méditerranéennes et Internationales, Tunis. Par Dorothée Schmid25 février 2008 1) L'Union méditerranéenne telle que proposée constitue-t-elle un cadre solide pour structurer les futures relations euro-méditerranéennes ? Le cadre proposé par le gouvernement français est encore flou, notamment sur l'articulation entre les priorités diplomatiques françaises et les intérêts de l'UE à 27. Le projet a été conçu à l'origine en réaction au cadre de travail euro-méditerranéen, il était destiné à se développer en parallèle, et non à le renforcer. La réorientation progressive du projet français dans une direction plus européenne résulte d'une prise en compte tardive des contraintes existantes, en termes institutionnels et de financement. Ce n'est qu'en se concertant avec ses autres partenaires de l'UE que la France parvient désormais à envisager des synergies efficaces avec le cadre de Barcelone. 2) Quels buts / besoins l'Union méditerranéenne peut-elle atteindre / combler et qui ne sont pas encore couverts par le Partenariat euro-méditerranéen (PEM) ? L'idée d'un GMed périodique, sur le modèle du G8, qui fixerait régulièrement de grandes priorités stratégiques régionales, sans être pour autant adossé à de coûteuses structures administratives ni présenter d'aspect contraignant, était une bonne idée. Toute initiative de socialisation Nord/Sud en Méditerranée est la bienvenue ; elle permet d'expliquer mieux le cas échéant le fonctionnement de la politique de coopération euro-méditerranéenne telle qu'elle est gérée par la Commission de Bruxelles. En outre, il devient impératif de définir une véritable vision stratégique partagée pour la région, ce qui a toujours été difficile dans le cadre euro-méditerranéen, qui reste dominé par les acteurs européens. On peut ensuite imaginer que l'Union pour la Méditerranée permettra d'encourager des initiatives de coopération ad hoc, avec plus de souplesse et davantage de réactivité que dans le cadre euromed. Il est en revanche peu probable que l'on "déniche" de nouveaux thèmes de travail. 3) Quel futur envisagez-vous quant à la proposition d'Union méditerranéenne et le PEM ? Deux grands scénarios sont envisageables : celui d'un "cavalier seul" français, qui est voué à échouer selon moi, faute de moyens et peut-être de combattants ; celui d'une relance de Barcelone via l'UMed, si les Français prennent la peine de mener à bien un audit complet des réussites et des blocages du Partenariat euro-méditerranéen, notamment depuis le lancement de la Politique de Voisinage. Cela supposerait aussi un effort pour redéfinir des priorités communes avec les Etats membres qui ont réagi fortement à l'initiative française - dont l'Allemagne. Dorothée Schmid est chercheuse à l'Institut français des relations internationales, Paris, spécialiste des politiques européennes dans la région méditerranéenne et au Moyen-Orient. |